L’Achoura à Téhéran – Du 19/09 au 22/09/2018

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« Il est bon de voyager quelques fois ; cela étend les idées et rabat l’amour-propre. »

Sainte-Beuve

Retour à la case départ après avoir vadrouillé un mois en Iran. Je suis revenu à Téhéran pour y vivre l’Achoura, la fête religieuse la plus importante du calendrier chiite.

Une expérience intéressante, démontrant les différences au sein de la société iranienne.

L’Achoura débutait officiellement le 10 septembre, pour durer 10 jours. Mais ce sont les 3 derniers jours les plus importants et les plus intenses. L’Iran étant le plus grand pays chiite au monde, pas meilleur endroit pour vivre ces cérémonies !

Mais avant tout, petites explications sur des notions dont on ne sait jamais trop les différences : sunnites et chiites ?

La séparation entre ces deux branches majoritaires de l’Islam remonte à la mort du Prophète Mahomet, en 632 après JC. A sa mort, la question de sa succession se pose et c’est là que la division se créée.

Les sunnites considèrent Abou Bakr comme successeur, un compagnon de longue date de Mahomet. Les chiites pensent au contraire que les liens du sang doivent être respectés et désignent donc Ali, gendre de Mahomet.

Les sunnites ont depuis imposé leur vision et représentent aujourd’hui 85% des musulmans dans le monde.

Les différences pratiques sont minimes mais existent bel et bien, notamment au sujet des Imams. Les chiites les considèrent comme des guides indispensables et leur clergé est donc beaucoup plus structuré.

Ces divisions sont aujourd’hui encore bien vivantes, notamment dans des conflits comme l’Irak où les deux communautés se rendent coup pour coup.

Mais pour cet article, ce sont les traditions chiites qui m’intéressent. L’Achoura est le jour de la commémoration de la mort de l’Imam Hussein.

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Douze Imams, de père en fils, ont été déclarés comme successeurs spirituels et politiques de Mahomet. L’Imam Hussein en est le troisième, dont la mort a accentué les tensions entre sunnites et chiites. Il a refusé de porter allégeance au califat omeyyade, qui n’avait rien à voir avec l’Islam selon lui.

La bataille de Kerbala, en Irak, a lieu peu après. La fin est prédit d’avance puisque l’Imam Hussein n’a que 72 compagnons (des partisans et sa famille) contre l’armée de 30 000 hommes du calife Yazid 1er. Les femmes et son plus jeune fils sont épargnés, mais tous les autres compagnons furent tués. L’Imam fût même décapité.

Les chiites du monde entier commémorent tous les ans la mort en martyr de l’Imam. L’Achoura symbolise aussi la lutte contre l’oppression par référence à cet événement.

Pour l’occasion, les drapeaux iraniens disparaissent des villes et sont remplacés par de grands drapeaux noirs. Les vêtements noirs sont de rigueur, à contrario du rouge (couleur que portaient les ennemis de Hussein). Pour ceux arrivant en Iran à cette période de l’année, ça peut être flippant si on n’est pas au courant de cette tradition ! Les drapeaux noirs n’ont rien à voir avec les décervelés de Daesh n’ayant jamais rien compris au Coran…

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Durant ces trois jours importants, tout est fermé en ville : pas un restaurant ou un commerce d’ouvert ! Mais ça ne pose aucun problème car de la nourriture est distribuée gratuitement en ville à tout le monde, y compris les non-musulmans. Par contre, il ne faut pas être pressé car l’attente avant d’être servi est très longue ; hormis pour nous car en tant qu’étranger, on est traité comme des rois par les iraniens qui refusent qu’on fasse la queue..!

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Il y a des rassemblements sur toutes les grandes places à midi et le soir à partir de 21h. C’est un lieu de rencontre idéal pour un voyageur ! En compagnie de deux couples de français, on a participé à ces célébrations importantes.

Évidemment, on ne passe pas inaperçu et les organisateurs nous chouchoutent, nous donnant même la possibilité de faire une photo avec l’un des chanteurs religieux les plus connus du pays.

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Le 20, on s’est rendu sur la place du grand bazar, dans le quartier sud de la ville. On a assisté à des mises en scène où les ennemis de Hussein défilent avec des airs méchants.

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Puis les hommes défilent, en scandant « Hussein ! Hussein ! Hussein ! ». Certains ont les larmes aux yeux et d’autres se couvrent de boue pour montrer leur insignifiance à Dieu. Une tradition, plus surprenante pour un œil européen, consiste à se fouetter le dos ; mais ils n’y vont pas trop fort et ne cherchent pas à se blesser heureusement.

Les familles y assistent avec enthousiasme et ferveur.

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Après les hommes, c’est au tour des femmes de défiler, arborant les grands tchadors noirs.

La ferveur religieuse est impressionnante ici, et donne parfois des frissons.

Un des couples de français a rencontré un iranien vivant dans les quartiers riches au nord de la ville. Il nous invite à le rejoindre dans l’après-midi.

Il y a un vrai clivage nord/sud à Téhéran. Le sud est plutôt pauvre et très religieux, alors que le nord est riche, libéral et peu religieux.

On le constate très rapidement : les gens vivant dans le nord utilisent l’Achoura comme un prétexte à sortir, à se voir et à manger tous ensemble. Il n’y a pas de grandes processions avec une ferveur dingue comme dans le sud.

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Il y a même un jeune adulte qui m’a demandé d’un ton ironique et provoc’ : « t’en penses quoi de commémorer la mort d’un mec mort il y a 2000 ans ? ».

C’était intéressant de voir cette nette différence dans une même ville.

Le soir, on est resté dans ces quartiers riches avec nos amis iraniens. Ils nous ont emmené à un parc où des bougies sont allumées en mémoire de la famille d’Hussein qui s’est retrouvée sans père.

L’ambiance est assez romantique, avec des couples et de jolies iraniennes allumant des bougies.

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Puis, direction l’appartement d’une autre amie ! On est toujours invité quelque part en Iran, c’est incroyable !

On se retrouve avec une dizaine d’iraniens, âgés d’une trentaine d’années. L’ambiance est superbe ! Un mec jouait du târ, l’instrument iranien ressemblant à une guitare, et plusieurs personnes chantaient. On a aussi beaucoup parlé tous ensemble pour apprendre à se connaître, jusqu’à 3h du mat’.

Une soirée excellente pour terminer un séjour en Iran !

Vivre l’Achoura dans ce pays a été une découverte intéressante. Mais mon périple d’un mois en Iran touche à sa fin… C’est passé à une vitesse folle, comme toujours ! Direction la Jordanie demain !

2 réflexions sur “L’Achoura à Téhéran – Du 19/09 au 22/09/2018

  1. Pingback: Amman – 22/09 au 23/09/2018 | Y A QU'A Y ALLER !!

  2. Pingback: Iran – Suite et fin | Y A QU'A Y ALLER !!

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