Vallée d’Alamut – Du 26/08 au 29/08/2018

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« La terre est la mère et la nourrice des hommes. »

Proverbe iranien

Après la tumultueuse et bruyante Téhéran, direction la quiétude et les grands espaces dans la Vallée d’Alamut. Les montagnes remplacent les immeubles, les avenues font place à des petits chemins de terre… Mais toujours un lieu avec une histoire importante et de nombreuses choses à découvrir !

La Vallée d’Alamut ne se situe qu’à 100 kilomètres à vol d’oiseau de la capitale. Seul problème : les montagnes de l’Alborz se situent entre les deux… Pour y aller, c’est plus long qu’on ne le pense mais pas compliqué pour autant. J’ai pris un bus pour Qazvin, où je suis descendu à un rond-point à l’extérieur de la ville. J’avais dis à quelques iraniens où j’allais et ils n’ont pas arrêté de rappeler au chauffeur qu’il devait me déposer à cet endroit. Super sympa, et ça m’aide bien puisque le chauffeur ne parlait pas anglais.

Ensuite, je monte dans un savari (taxi collectif) en direction de la vallée, que je partage avec un petit vieux. Le conducteur du taxi s’appelle Saïd, et conduit une Peugeot 405. Il conduit comme un dingue sur les routes de montagne et n’a peur de rien. Je lui conseille vivement de venir en France pour demander à Luc Besson de produire un nouveau Taxi où il aura le rôle principal.

Les paysages traversés sont fabuleux et je ne regrette déjà pas d’être venu. Il y a de nombreux villages dans la vallée. Les deux « connus » (tout est relatif…) sont Gazor Khan et Garamoud. Cependant, j’ai trouvé une info qui m’a convaincu d’aller ailleurs et de mettre les voiles vers Zarabad. Un village totalement inconnu des circuits touristiques habituels. Même google ne connaît pas trop et ne donne pas d’infos sur ce village ! Pour le coup, on peut appeler ça « hors des sentiers battus ».

A peine installé en fin d’après-midi, je pars marcher. L’appel de la montagne se fait entendre ! Je suis un chemin qui serpente pour finalement atteindre une crête. Je me sens merveilleusement bien avec une énergie au maximum. A tel point que je ne résiste pas à l’envie de courir sur le sentier, comme le ferait Kilian Jornet !

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Je marche le long de la crête et grimpe quelques rochers pour finalement atteindre le sommet. Belle vue sur le village de Zarabad, les montagnes environnantes et le lac d’Ovan.

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De retour à la guesthouse, je prends le temps de faire connaissance avec l’autre voyageur présent : Lukas, un polonais. Il a entendu parler de cet endroit par un couple d’amis à lui. Cette guesthouse est amenée à devenir connue, j’en suis sûr !

La pièce commune sert également de dortoir, mais est superbe avec des tapis perses au sol et des fenêtres pour éclairer.

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La guesthouse est tenue par une famille adorable ; vraiment trop trop adorable ! On a beaucoup parlé ensemble, notamment le soir lors des dîners (pas de restaurants dans le village donc ils nous préparaient à manger). On a eu le temps d’échanger car les dîners s’éternisaient, avec une nourriture traditionnelle délicieuse servie en quantité ! Tous les produits venaient de la vallée : les légumes, le poisson, la viande, le fromage de chèvre, et même le riz.

Milad et Anita, les proprios, sont originaires de Téhéran. Ils viennent tout deux de familles très aisées ; du genre à conduire en Maserati et avoir des serviteurs par dizaine. Ils ont fait des études et étaient prédestinés à un « bel avenir », sûr et facile avec l’aide des parents. Mais voilà, des gens dans ce monde ont du courage quand il s’agit de réaliser leurs rêves ! Anita et Milad en font partie. Ils ont récupéré la maison d’une grand-mère à Zarabad et sont venus s’y installer. Leurs familles n’ont jamais accepté ce choix et ne les aident absolument pas. Leurs parents ne sont d’ailleurs jamais venus les voir ici. Quand on connaît l’importance de la famille en Iran et le noyau sacré qu’elle représente, faire le choix de désobéir et de changer de vie est quelque chose d’irréel.

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Les deux premières années à Zarabad ont été très difficiles pour eux : tout à construire, pas d’argent… Milad est un bricoleur hors-pair et a tout construit seul, en utilisant seulement du bois et de la terre. Le résultat est incroyable, et il a plein de projets encore pour améliorer l’endroit. Je leur souhaite vraiment toute la réussite possible et le bonheur qu’ils méritent avec leurs deux magnifiques filles, Mélodie et Manéli.

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Mais comme beaucoup d’iraniens à qui j’ai parlé pour l’instant, ils rêvent aussi d’ailleurs… Ils souhaiteraient venir en Europe pendant quelques années pour que leurs filles puissent étudier dans de bonnes conditions, sans discrimination par rapport aux garçons. Ils parlent de la Suisse, mais aussi de l’Allemagne.

Bref, pour l’instant, nous sommes à Zarabad… Le village est magnifiquement situé, entouré de montagnes. Une centaine de familles y vit, dans une atmosphère très paisible et sympathique. Tout le monde se connaît, tout le monde se parle… Malheureusement, la plupart des jeunes partent vers la ville. Le terrain de football n’accueille plus beaucoup de rencontres et les moutons s’en servent de pâturages.

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Il est d’ailleurs classique de voir des bergers sur les routes avec leur troupeau de moutons. Ou bien, un petit vieux se baladant dans le village à dos d’âne. Si proche de Téhéran, et pourtant si loin !

Le deuxième jour, on a fixé un objectif élevé avec Lukas : une longue randonnée pour atteindre le sommet d’une montagne à plus de 4 000 mètres d’altitude. Elle se fait normalement en deux jours, mais c’est possible en un seul car Milad nous file un coup de main en nous emmenant plus loin sur le sentier avec son pick-up.

On suit un chemin de terre défoncé avec une belle vue le Shah Alborz, signifiant le « Roi de l’Alborz » et point culminant de la vallée avec ses 4 125 mètres.

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On ne croise personne sur cette route, hormis une voiture chargée au maximum avec de l’herbe grasse pour les moutons.

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Il y avait une moto garée au milieu de nulle part, mais aucune trace de vie à l’horizon. Mystère, mystère.. !

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On est passé proche de deux campements de bergers, menant une vie simple et reculée de tout.

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La pente est douce et continue, mais aucun arbre pour procurer un peu d’ombre. On a cramé durant cette journée et consommé pas loin de 4 litres d’eau chacun !

Après 3h30 d’efforts, on atteint le sommet à plus de 4 000. Soulagé et enfin de la fraîcheur avec un vent froid ! La vue est évidemment magnifique sur la vallée d’Alamut, les montagnes, les villages en contrebas… On pique-nique ici avec les bons produits fournis par Anita : pain iranien, fromage de chèvre, fruits…

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Vient le temps de la descente, étape que je déteste à chaque fois. Pour éviter de suivre le chemin faisant de nombreux détours, on décide simplement de couper par les pentes abruptes de la montagne. On y va doucement en faisant attention, donc on n’arrive sans encombre à un campement de berger d’où des chemins plus « normaux » continuent. Ou plutôt un campement de bergère, aux allures de cow-boy (ou cow-girl du coup, mais j’ai peur que ce soit mal interprété si j’écris ça !).

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Après 7 heures de marche, on rejoint le lac d’Ovan. Milad nous y rejoint et on se baigne dans les eaux fraîches qui font du bien à nos muscles.

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Le lendemain, on se sent un peu fatigué et on ne souhaite pas tenter une nouvelle si longue randonnée. On fait donc nos vieux : Milad nous arrange un taxi local pour aller découvrir la vallée. Les 5 heures en taxi coûtent 5 euros chacun donc on n’a pas hésité !

Notre chauffeur ne parle pas anglais mais il connaît bien la région et ce qu’il y a à voir. On comprendra tout de même qu’il n’aime pas l’Ayatollah et qu’il aimerait l’entendre parler d’autre chose que d’Allah.

Ce n’est pas Taxi Saïd mais lui aussi a une Peugeot 405 ; la voiture iranienne par excellence ! Il nous emmène en premier à des canyons et des grottes, près du village d’Andej.

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Tout est bien vert ici grâce à un ingénieux système d’irrigation qui capte et achemine l’eau depuis le sommet des montagnes. On trouve ainsi des rizières dans la vallée alors que le climat est très aride en été.

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On roule ensuite dans des paysages superbes, me rappelant fortement un endroit que j’avais adoré : le nord de l’Argentine (Iruya, Cafayate…).

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La vallée d’Alamut est connue pour abriter les châteaux des Assassins ; en visiter un est donc incontournable. Le plus connu est celui près du village de Gazor Khan, qui était la forteresse de Hassan Ibn Sabbah. Aujourd’hui, il ne reste plus grand-chose de ce château au sommet d’un rocher. Les archéologues y travaillent pour essayer de reconstruire le site tel qu’il était.

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Au 11ème siècle, Hassan Ibn Sabbah avait créé une secte dans Alamut, inspirée de l’ismaélisme (un courant de l’islam chiite). Elle s’éloignera rapidement de la religion pour devenir une organisation de mercenaires. Les membres étaient des pros pour assassiner des personnalités importantes : politiques, hommes religieux…

Pour contrôler plus facilement les adeptes de la secte, le chef leur faisait fumer beaucoup de haschich. En langue perse, fumeur de haschich se dit « Hashashiyun ». Voilà donc l’origine du mot « assassin » !

Cette secte a engendré beaucoup de mythes et d’histoires. Le célèbre jeu vidéo « Assassin’s Creed » s’en inspire.

Les invasions Mongols ont eu raison de la secte de Assassins et de leurs châteaux. J’y suis venu non pas pour l’architecture car il n’en reste plus rien, mais pour l’histoire fascinante de cette époque. Également pour la vue depuis le château qui est splendide !

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Le dernier soir à la guesthouse, je suis le seul voyageur puisque Lukas est parti vers Téhéran. Je partage le repas, comme les soirs précédents, avec la famille. Je suis triste de les quitter le lendemain matin car cet endroit et leur vision de la vie me correspondent à merveille.

J’ai adoré parcourir la région d’Alamut, que ce soit à pied ou en voiture. Les paysages sont grandioses, et doivent l’être encore plus juste après l’hiver lorsque tous les sommets sont enneigés. Les petits villages se nichant dans la vallée ont un vrai charme et invitent à la détente. Bref, 3 jours fabuleux, notamment grâce à Milad, Anita, Mélodie, Manéli… Merci beaucoup à vous !

Beaucoup d’autres destinations d’Iran me font rêver et il faut reprendre la route !

5 réflexions sur “Vallée d’Alamut – Du 26/08 au 29/08/2018

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    • Seven Guesthouse à Zarabad (il n’y a qu’une seule guesthouse de toute façon). Je ne me rappelle plus le prix mais c’était vraiment rien (genre 12 euros la nuit avec ptit déj et dîner délicieux). Le couple est adorable, fonce !

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