Phnom Penh – Du 23/02 au 26/02/2018

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« Nous n’oublierons jamais les crimes commis sous le régime du Kampuchéa Démocratique »

Inscription à la prison S-21

Après un trajet en bus sans encombre cette fois, je suis arrivé à la capitale du Cambodge, Phnom Penh. Comme beaucoup de capitales, elle permet d’apprendre et de comprendre l’Histoire du pays.

Cette ville de 1,5 millions d’habitants a un excellent emplacement, au confluent des fleuves Tonlé Sap et du Mékong. Elle est devenue la capitale du Cambodge (anciennement appelé Kampuchéa) suite à la chute d’Angkor.

Ensuite, les colonisateurs français ont significativement agrandit la ville en y construisant de nombreux bâtiments et infrastructures. A partir de 1920, Phnom Penh était même surnommée la « Perle de l’Asie ». Puis sont arrivés en 1975 les Khmers Rouges…

Avant de faire le petit cours d’Histoire, je vais quand même un peu raconter ma vie (comme d’habitude !).

J’ai retrouvé dès la première journée Sophie et Étienne, le couple de rennais rencontré au Myanmar. Ils avaient fait la connaissance auparavant de Romy, une française de 22 ans expatriée ici depuis 2 ans. On a été invité dans son bel appartement le soir à faire barbec’ et passer une bonne soirée !

Oui mais voilà, faut bien avoir de petits problèmes des fois ! Depuis quelques jours, je ressentais des douleurs aux oreilles. Ça a nettement amplifié cette nuit là, au point que je ne puisse dormir. Le lendemain matin, j’en profite d’être dans la capitale pour aller à la meilleure clinique du pays, à 500 mètres de mon auberge. En effet, si j’attends et que ça s’aggrave, ce n’est pas dans de petits villages que je trouverai de bons centres de soin. La prise en charge a été très bonne, et 2 heures après, je ressortais avec des médicaments pour traiter mon infection des oreilles. Le prix : 157 dollars ! C’est chère une clinique privée ; heureusement que j’ai une assurance voyage !

Une fois que c’est fait, je peux me mettre à visiter cette grande ville. Il y a beaucoup de temples bouddhistes mais je n’en visite plus, car un peu toujours pareil…

Il y a quelques monuments par-ci par-là mais rien d’extraordinaire. Se balader dans les rues n’est pas chose aisée, les trottoirs servant en fait au stationnement des véhicules. On doit marcher la plupart du temps sur la route, en faisant attention aux armées de scooters qui s’élancent à chaque feu rouge. Le scooter en Asie sert de véhicule pour toute la famille, et il est fréquent de voir 4 personnes dessus !

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Il y a également plusieurs marchés dans les différents quartiers. Le plus connu est le Russian Market, appelé ainsi car les Russes venaient y faire leurs courses dans les années 80.

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Se balader dans les rues permet d’admirer l’architecture électrique de la ville, pour le moins assez chaotique. Ça aussi, c’est partout en Asie et les électriciens doivent galérer en cas de panne !

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La vraie raison de ma venue ici est pour aller au Musée du Génocide Tuol Sleng, appelé également S-21. S’il y a bien un musée à faire au Cambodge, c’est celui-là. Ne prévoyez rien après la visite, car ce que vous allez apprendre va vous chambouler…

Généralement, tout le monde a déjà entendu parler des Khmers Rouges, mais ça reste assez flou.

Attention, « Khmers » est un terme désignant le peuple cambodgien, alors que les « Khmers Rouges » étaient un mouvement politique révolutionnaire. Donc ne surtout pas faire le diminutif Khmer = Khmer Rouge.

Naissance du mouvement :

La plupart des cadres du parti, dont le leader Pol Pot, ont fait leurs études à Paris. Les mouvements communistes-marxistes sont en plein développement dans la capitale française à l’époque, et ces futurs leaders cambodgiens les fréquentent.

Une fois rentrés au pays, ils forment le Parti du Kampuchéa Démocratique (surnommé Khmers Rouges) et s’opposent au roi Sihanouk. Leur parti est réprimé par les autorités, si bien qu’ils passent dans la clandestinité dès 1962. L’insurrection commence 6 ans plus tard, lorsque les Khmers Rouges prennent les armes. Mais leur impact est minime les premières années.

En 70, le général Lon Nol renverse le roi et s’empare du pouvoir. La situation est assez instable et ça profite aux Khmers Rouges qui renforcent leur base.

Ils recrutent surtout parmi les paysans sans éducation. La guerre du Vietnam les aide aussi. Les USA font comme au Laos, en bombardant à l’aveugle le Cambodge pour détruire les chemins d’approvisionnement des communistes Vietnamiens. Beaucoup de paysans sont alors obligés de fuir ces bombardements. Les Khmers Rouges les recrutent. Les soldats étaient souvent très jeunes, parfois à peine plus de 10 ans, car facile à endoctriner et à former à la torture.

Prise du pouvoir :

Les combats s’amplifient et en avril 1975, les Khmers Rouges entrent dans la capitale et prennent le contrôle du pays. Ils sont d’abord acclamés par le peuple qui se réjouit surtout de l’arrêt de la guerre civile et du renversement du gouvernement corrompu de Lon Nol.

Mais les choses changent vite, et ce qui se passera est irréel. Quelques heures après la prise du pouvoir, les Khmers Rouges ordonnent l’évacuation totale de la capitale. Ils disent que les USA ne vont pas tarder à bombarder Phnom Penh, promettant que les habitants pourront revenir dans 3 jours maximum. Les 3 millions d’habitants de la capitale s’enfuient, y compris les vieux et les malades, en n’emportant que le strict minimum. Ils marchent vers les campagnes du pays. D’autres villes comme Battambang ont le même ordre, et l’évacuation est générale.

Idéologie :

Les Khmers Rouges n’avaient aucune intention de faire revenir les citadins chez eux. L’idéologie de ce mouvement est d’inspiration maoïste, poussée à l’extrême. Tout le monde désignait la direction par le terme « Angkar« , signifiant « Organisation ».

L’Angkar voulait faire du Cambodge une immense coopérative agricole, permettant d’atteindre l’autosuffisance alimentaire pour que le pays soit totalement indépendant (que ce soit de la Chine, de l’URSS, des USA..). Toute influence occidentale était rejetée, car jugée corrompue. Ils interdirent l’utilisation de machines agricoles, interdirent les divertissements, interdirent l’éducation et la médecine… Le seul droit accordé était celui de travailler dans les champs.

Il voulait créer une société nouvelle, avec la classe paysanne comme base forte du pays.

La déportation :

Les citadins étaient considérés comme des personnes à rééduquer. Ils étaient mis en condition d’esclavage dans les campagnes, surveillés par les soldats. Les paysans d’origine étaient mieux traités. Les conditions étaient effroyables dans les camps et les repas insuffisants (du riz bouilli 2 fois par jour, au mieux). Toute la production devait être mise en commun. Ainsi, celui qui se faisait attraper à voler un fruit était battu, voir même exécuté. Les soldats avaient tous les droits, et le destin de chacun leur appartenait.

La famine :

Malgré le travail de tous les cambodgiens dans les champs, la famine apparaît. C’est paradoxal mais la production n’augmentait pas beaucoup. La plupart du riz produit était exporté vers la Chine en échange d’armes. Des centaines de milliers de cambodgiens sont morts de faim et de maladies.

Les massacres et les purges :

La révolution des Khmers Rouges a été la plus radicale et brutale de l’Histoire. Tous les anciens membres de l’armée sont exécutés. Tout comme les fonctionnaires ayant travaillé sous le gouvernement de Lon Nol. Mais l’épuration ethnique ne s’arrête pas là. Leur folie dépasse l’imagination. Toutes les personnes ayant reçu une éducation étaient perçues comme un ennemi possible de la révolution : les enseignants, les médecins, les ingénieurs, les moines… Tous ont également été exécutés. Avoir des lunettes faisait de vous un intellectuel et vous condamnait à mort !

Pour économiser les balles, les victimes étaient tuées à coup de marteau ou de pioche dans le crâne.

Les chiffres font froid dans le dos : durant les 3 ans et 8 mois de domination des Khmers Rouges, 2 millions de cambodgiens sont morts sur les 8 millions que comptaient le pays. 1/4 de la population..!

La chute du régime :

Ce sont les nord-vietnamiens à intervenir en premier. En effet, l’Angkar avait une volonté d’expansion et les tensions ont augmenté entre les deux pays. Bien que communiste également, le Vietnam décide d’entrer en guerre contre les Khmers Rouges.

Aucun autre pays au monde n’intervient pour stopper cette folie. On est en pleine guerre froide et le Vietnam est devenu l’ennemi de l’occident. Ainsi, tout ennemi du Vietnam devient un alliée des USA et des pays occidentaux.

De nombreux militaires membres des Khmers Rouges font défection et se soulèvent aussi. Les troupes Vietnamiennes renversent les Khmers Rouges le 7 janvier 1979. Un nouveau gouvernement, pro-vietnamien, est mis en place.

La plupart des cadres ont fui avant la chute vers la Thaïlande, où ils ont reçu protection (la Thaïlande et le Vietnam n’étaient pas trop copains alors la Thaïlande voyait d’un mauvais œil l’incursion vietnamienne proche de ses frontières…).

C’est en entrant dans la capitale que les libérateurs découvrent l’horreur de la prison S-21…

La prison S-21 :

S-21, ou Tuol Sleng, est la plus connue des 190 prisons que l’Angkar avaient implanté à travers le pays. Elle était dirigée par Douch, un ancien professeur de mathématiques portant des lunettes (les leaders ne correspondaient pas trop à ce qu’ils proclamaient, un peu comme les leaders nazis…).

On y envoyait des ennemis pour obtenir des aveux sous la torture.

Ce bâtiment était un lycée avant la révolution. L’Angkar a transformé ce lieu d’éducation et de savoir en un lieu de massacres et de tortures.

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Y étaient amenés tous ceux jugés comme dangereux pour le régime. Mais la notion de « dangerosité » était bien vaste pour les Khmers Rouges… Parmi les victimes, on retrouve des femmes, des enfants, et même des bébés…

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Les détenus étaient enfermés soit dans de minuscules pièces (1,5m² pour 3 personnes), soit dans de grandes salles, attachés les uns aux autres par des anneaux aux pieds. Ils n’étaient quasiment pas nourris et n’avaient de l’eau que le soir.

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Ils se faisaient torturer jusqu’à 3 fois par jour : simulation de noyade (technique toujours utilisée par les USA à Guantánamo…), bastonnade, insertion de milles pattes ou insectes dans le corps… La cruauté n’avait pas de limite. Une fois que les détenus avaient avoué des crimes qu’ils n’avaient pourtant pas commis, les bourreaux les exécutaient, toujours avec des pioches ou marteaux.

Qui étaient ces bourreaux ? C’est horrible mais les gardes avaient entre 10 et 20 ans, et sous l’impulsion et l’endoctrinement des plus âgés, ils devenaient encore plus cruels.

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20 000 personnes ont été détenues ici. Aucune n’a pu s’échapper. A la libération du camp, les vietnamiens ont trouvé 7 survivants.

Les détenus étaient amenés à Choeung Ek, appelé aussi Killing Fields, pour être exécutés. Il y avait d’immenses fosses communes, toujours visibles aujourd’hui. On peut aller voir l’endroit, mais il faut avoir le cœur bien accroché car on y voit encore des ossements et des restes de vêtements sortant du sol.

Le paradoxe est que parmi les victimes, on retrouve de nombreux Khmers Rouges. L’Angkar devenait parano et a fait tuer plusieurs de ses membres.

Le jugement des responsables Khmers Rouges :

Après la fuite, l’Angkar se réorganisent avec le soutien de la Chine et de la Thaïlande. L’ONU reconnaît les Khmers Rouges comme représentant du Cambodge (cette organisation soit disant neutre…). Le Vietnam est l’ennemi ; ainsi les USA et les pays capitalistes sont prêts à pactiser avec le diable pour affaiblir cet ennemi. Les Khmers Rouges ont des alliés puissants et un financement fiable pour se réorganiser.

Les années suivantes sont faites de magouilles et de conflits… En 1991, à la suite de la chute de l’URSS, les différentes parties cambodgiennes signent un accord de paix. L’accord n’est pas respecté et il faut attendre 1998 pour que la défaite finale des Khmers Rouges soit effective.

Pol Pot meurt cette année là, d’une crise cardiaque. Cinq cadres ont été jugés par la Justice Cambodgienne, dont Douch. Il a été condamné à perpétuité pour crime contre l’humanité.

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Cette visite est très marquante, et c’est presque les larmes aux yeux que je ressors après 2h30 au sein de l’établissement. Ce qu’on y apprend est effroyable et l’audio-guide fournit à l’entrée est très bien fait. On y comprend le fonctionnement de la prison, le rôle de chacun, les conditions de détention, et on entend le témoignage de survivants.

Le pire, c’est que tout ceci est très récent. Ça fait seulement 40 ans… Les cicatrices de la société cambodgienne ne sont pas encore fermées.

J’ai bien adapté ma lecture au pays, puisque j’ai quasiment terminé le livre « D’abord, ils ont tué mon père » de Loung Ung, alors âgée de 6 ans à l’époque. Elle relate l’histoire de sa famille, avec la perte de certains de ses proches. On referme le livre la gorge serrée à chaque fois.

En Europe, il y a eu Hitler. En Amérique du Sud, il y a eu Pinochet. En Asie, c’était Pol Pot. La violence et la folie sont universelles malheureusement.

Cette visite est indispensable pour tous les voyageurs venant au Cambodge. On ne peut comprendre le pays sans connaître son Histoire, même la plus sombre. Les enfants cambodgiens apprennent cette Histoire à l’école pour que ces crimes ne soient jamais oubliés. L’éducation et la connaissance sont les clés pour enfermer à jamais la haine et la bêtise humaine.

2 réflexions sur “Phnom Penh – Du 23/02 au 26/02/2018

  1. Pingback: Kampot & Kep – Du 26/02 au 03/03/2018 | Y A QU'A Y ALLER !!

  2. Pingback: Cambodge – Suite et fin | Y A QU'A Y ALLER !!

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